Alexis Gros-Louis et Michael Eddy
I Was First
du 15 janvier au 21 février, 2026
Dans cette exposition collaborative, Alexis Gros-Louis et Michael Eddy partagent l’espace comme on partage un terrain : sans chercher l’unisson, mais en assumant les écarts, les frottements, les malentendus productifs. Le projet se construit à partir de ce qui se joue entre les œuvres — leurs voisinages, leurs tensions, leurs réponses partielles — et met en jeu, en sourdine, ce que l’exposition rend souvent invisible : les régimes de propriété, les récits d’auteur, les économies de circulation, les seuils de responsabilité. Une sensibilité traverse l’ensemble, faite de topographies et d’imaginaires hérités : des surfaces qui portent des traces, des formes qui se transmettent en se transformant.
À même le sol — puis déplacée vers le mur — la terre cuite devient un point d’appui pour penser la mesure et la trace. Unité modulaire, répétable, elle glisse de l’architecture vers l’image et rend perceptibles des logiques de grille, d’ordonnancement, de mise en lisibilité du territoire. Mais cette même matière renvoie aussi, plus discrètement, aux fragments de poterie dispersés autour des Grands Lacs et du Saint-Laurent : indices d’usage, de présence et de circulation. Entre vestige et abstraction, elle devient surface critique, lieu de frottement entre mémoire matérielle et systèmes contemporains.
À partir de cette idée de surface — comme lieu d’inscription, de pression et de lecture — un autre matériau prend le relais. L’acier est travaillé comme une peau : une étendue où s’impriment des marques de tension, d’inquiétude, d’auto-surveillance. Les plis et reliefs qui en émergent prennent une qualité presque cartographique, comme si le corps devenait un paysage traversé par des systèmes de contrôle et de normalisation, et par les contraintes — sociales, économiques, politiques — qui les alimentent. L’ensemble propose ainsi une lecture du visible comme dépôt : ce qui se transmet n’est jamais intact, mais recomposé, déplacé, reconfiguré par les conditions mêmes de sa circulation.
Alexis Gros-Louis est un artiste multidisciplinaire originaire de Wendake. Il a obtenu une maîtrise en arts visuels (MFA) de la NSCAD University en 2020 ainsi qu’un baccalauréat en beaux-arts (BFA) avec une majeure en photographie de l’Université Concordia en 2017. Son travail a été présenté au Centre d’artistes Ahkwayaonhkeh (Québec), à la Galerie de l’Université de Montréal, à la Galerie B-312 (Montréal), à Manif d’art 11 (Québec), au Musée huron-wendat (Québec), à la Fonderie Darling (Montréal), à VU, centre de diffusion et de production de la photographie (Québec), à la Biennale d’art contemporain autochtone (Montréal) ainsi qu’au festival Art souterrain (Montréal).
Michael Eddy est né à New York en 1981, et a grandi en Nouvelle Écosse. Il est titulaire d’un M.F.A. de la Staedelschule Frankfurt (Allemagne) et d’un B.F.A (Interdisciplinary) du Nova Scotia College of Art and Design (NSCAD University) à Halifax. Artiste et écrivain, son travail a été exposé à l’international. Ses textes ont été publiés dans de nombreux catalogues et magazines, dont C mag, Esse arts+opinions et Peripheral Review. Il a participé à de nombreuses résidences d’artiste au Canada, en Italie, en Chine et au Japon. De 2019–2023 il était un artiste résident dans les ateliers montréalais à la Fonderie Darling. Il travaille en trio avec Knowles Eddy Knowles (depuis 2004) et a été co-organisateur de l'espace et de la collaboration HomeShop à Beijing (2010-2013). En 2026, il publie un livre d’artiste, Ciclismo, avec la maison le Laps ainsi que son premier roman, Koh-i-Noor, avec la maison BookHug.
