Laur P
Regurgitalites
du 17 sept au 31 oct, 2026
La Galerie Nicolas Robert a le plaisir de présenter Regurgitalites, une exposition de la plusrécente série de peintures de Laur P. Travaillant par superposition de couches de peinture appliquées à la brosse sèche — une technique qui enfouit et fait continuellement ressurgir sa propre histoire —, l’artiste envisage la surface peinte comme un plan à la fois sédimentaire et digestif : un corps qui absorbe, transforme et expulse ses traces matérielles et psychiques.
Pour cette exposition, l’artiste compte dix-neuf participants trans (incluant lui-même, des ami-es proches ainsi que sa partenaire) pour presser différentes parties de leur corps contre la surface apprêtée au gesso des toiles — généralement trois ou quatre participants par œuvre — afin d’amorcer le processus. Le gesso encore humide se plisse, se texture et enregistre les contours de ces empreintes; les marques qui en résultent deviennent alors le point de départ du travail de composition de l’artiste. Dans les peintures achevées, ces traces sont rarement identifiables comme des corps; elles apparaissent plutôt sous forme de structures organiques et biomorphes, superposées les unes aux autres jusqu’à ce que les traces individuelles se dissolvent dans des compositions collectives et ambiguës, rappelant ce que les paléontologues nomment « fossiles problématiques » (problematica) : des spécimens qui échappent à toute classification nette.
Au cœur de ces nouvelles œuvres se trouvent ce que Laur P appelle des « fossiles picturaux » : des formes qui émergent, disparaissent et réapparaissent au fil de l’accumulation de peinture, un état pictural issu de gestes d’ensevelissement et d’excavation. Ici, la figure du fossile constitue une approche conceptuelle permettant à l’artiste de réfléchir à des notions telles que l’extinction, la monstruosité, la hantise, ainsi qu’aux corporéités queer, trans et crip. En abordant l’abstraction comme un mode de vision spéculatif, voire géologique, Laur P utilise la peinture pour révéler des traces et des formes qui échappent aux cadres humanistes, notamment en matière de représentation et de perception.
En français, le titre de l’exposition fait référence aux « régurgitalithes » — terme paléontologique désignant du vomi fossilisé, une catégorie que l’artiste associe à la théorie de l’abjection de Julia Kristeva. Pour Laur P, le vomi est une image puissante de la fragilité des frontières du corps : une matière expulsée qui persiste néanmoins, refusant toute séparation nette entre le soi et l’autre, l’intérieur et l’extérieur. Mises en regard des thanatocénoses (ces assemblages fossiles témoignant d’une mort collective), ces images permettent de maintenir simultanément la menace de l’effacement et la possibilité d’une transformation. La décomposition devient alors une condition de la recomposition, et la fragmentation, une ouverture vers l’avenir et de nouvelles formes relationnelles. Regurgitalites positionne l’abstraction non pas comme un retrait du sens, mais comme un outil spéculatif — une manière d’imaginer ce qui résiste à un accès visuel ou catégoriel direct. Il en résulte un corpus d’œuvres qui refuse toute résolution définitive, maintenant ouvert un espace entre rejet et préservation, entre altération et potentiel.
