Laur P

La pratique picturale et sculpturale actuelle de Laur P anticipe des fossiles et des agrégats matériels futurs à travers l’abstraction picturale et une recherche anarchivistique.
Travaillant à partir d’une perspective queer, trans et crip, il imagine, en peinture et par des processus intuitifs de transformation de la matière, des espaces où les corps et les matériaux interagissent et se transforment, manifestant des états de précarité provisoire et de subversion. À travers des processus de fragmentation et de (ré)assemblage, Laur P recherche des formes de réapparition ambiguës qui troublent des dualismes tels que corps/environnement, présence/absence, vivant/non-vivant et figure/fond.

Au cœur de sa pratique picturale se trouve un concept qu’il a nommé « fossile pictural » — un état pictural non centré sur l’image qui résulte de gestes d’enfouissement et d’excavation. Pour Laur P, la figure du fossile est devenue au fil des années le point focal de son approche conceptuelle, à travers laquelle il réfléchit à des notions telles que l’Anthropocène, l’extinction, la monstruosité, la hantise ainsi que les corporéités queer, trans et crip. En abordant l’abstraction comme un mode de vision spéculatif, voire géologique, il utilise la peinture pour révéler des traces et des formes qui échappent aux cadres humanistes, particulièrement en ce qui concerne la représentation et la perception.

Les interventions sculpturales entrent en dialogue avec les peintures, comme des extensions matérielles. Laur P s’intéresse à l’anarchive, une forme d’archive non conventionnelle et éphémère qui s’intéresse aux objets sans valeur culturelle. Les objets sont souvent issus du quotidien et appartiennent au monde des déchets. Il y a, dans la pensée de Laur P, une relation matérielle intime entre le déchet en tant qu’objet et l’expérience du corps rejeté. Ses œuvres invitent à des rencontres avec des entités et des relations à la fois microscopiques et planétaires, souterraines et topographiques, de même qu’anciennes et futures. Attentif à la force agentive des matériaux, il privilégie des processus dans lesquels la matière elle-même collabore à la production de sens et de formes.

Inscrits dans des perspectives matérialistes féministes, posthumanistes critiques, ainsi que dans des approches informées par les études queer/trans et les études critiques du handicap, les assemblages de Laur P remettent en question les conceptions spécistes de l’évolution et de la nature, perturbent les conventions picturales et la tradition du paysage comme espace de représentation humaniste de la nature, déstabilisent les attentes picturales capacitistes et, par conséquent, résistent à la myopie anthropocentrique. À travers des compositions biomorphiques et stratifiées, son travail propose d’autres manières d’imaginer les enchevêtrements socio- et écogéologiques présents et futurs.

Laur P (né en 1990) est un artiste canadien basé à Toronto. Il poursuit actuellement un doctorat en sciences humaines interdisciplinaires à la Brock University, à St. Catharines (Ontario), où il enseigne également la peinture. Son projet de recherche doctoral porte sur la peinture en tant que pratique posthumaniste. Il est titulaire d’une maîtrise en arts visuels (MFA) de l’Université de Guelph (2021) ainsi que d’un baccalauréat en beaux-arts avec grande distinction de l’Université Concordia (2015). Au cours de son parcours universitaire, il a reçu plusieurs distinctions, dont la Bourse d’études supérieures du Canada Joseph-Armand-Bombardier (CRSH, Université de Guelph) et le Prix Betty Goodwin en arts visuels (Université Concordia). Son travail a également bénéficié du soutien du Conseil des arts du Canada. Son travail a récemment été présenté au Québec (Galerie Nicolas Robert, Espace Transmission, Livart, AXENÉO7, Manif d’art 10), en Ontario (McMichael Canadian Art Collection, Musée des beaux-arts de l’Ontario, the plumb, Birch Contemporary) et à New York (Springs Projects, NADA, Sargent’s Daughters). Les œuvres de Laur P font partie des collections du Musée des beaux-arts du Canada, de la McMichael Canadian Art Collection, du Musée des beaux-arts de l’Ontario, de la Caisse de dépôt et placement du Québec, de la collection d’œuvres d’art de la Ville de Laval, ainsi que de Desjardins, Hydro-Québec, la Banque Royale du Canada et Medcan, entre autres. Il est représenté par la Galerie Nicolas Robert depuis 2018.

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