Pierre Julien
Purple Haze

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9 janvier au 13 février 2016

Un véritable magnétisme se dégage des œuvres de Pierre Julien. Une fois le regard saisi par l’une d’elles, il devient difficile de le déloger. Cet effet d’attraction visuelle est produit par une sensation de mouvement et de brouillage chromatique donnant l’illusion d’un espace animé et vivant. Abstraite et minimale, parfois installative et monumentale, sa peinture tend ici à explorer les multiples potentialités de la couleur et de la perception. Oscillant entre évanescence et tangibilité, les œuvres rassemblées dans cette proposition picturale reposent essentiellement sur les effets de gradation, de répétitions et de dérivations.
 
D’une teinte claire et douce comme celle du pastel, les couleurs se confondent les unes aux autres. La surface lisse, sans aspérités, est parsemée de formes aux reflets tendres et chatoyants qui hypnotisent l’attention du spectateur. La subtilité des variations chromatiques et le recours à des couleurs pâles confèrent aux œuvres un caractère lumineux et diffus renforçant l’effet de relief. Cette densité visuelle tend à créer des relations dynamiques dans lesquelles des formes ambiguës et instables semblent s’approcher, s’éloigner ou simplement vibrer à la rencontre d’une autre. Ce mouvement factice de vagues et de pulsations peut être changeant d’une personne à l’autre et se déclenche lorsque le cerveau éprouve de la difficulté à déchiffrer ce que l’œil voit. Les mouvements vibratoires et réversibles du fond et de la forme se produisent notamment par la modulation visuelle de couleurs complémentaires et analogues.
 
Cette impression d’absorption et de vertige se trouve amplifiée par les tableaux de plus grande dimension. Le spectateur est au centre de la représentation et est appelé à se déplacer dans l’espace pour expérimenter activement ce phénomène d’apparition et de disparition de l’image. Malgré le fait qu’il s’agisse de constructions bidimensionnelles, l’espace tout entier semble bouger, grandir, se rétrécir et se tordre.
 
Cet attrait pour les jeux optiques s’observe dans plusieurs séries antérieures de l’artiste, ces illusions reviennent comme des leitmotivs dans sa peinture. Sa démarche s’inscrit dans la trajectoire de l’Op Art tout en adhérant à une mouvance beaucoup plus actuelle et urbaine influencée par le design, la publicité, la mode et la culture populaire. Le titre de l’exposition, Purple Haze, prend comme référence une chanson de Jimi Hendrix et renvoie au caractère psychédélique et surréaliste des œuvres picturales présentées. L’ambiance dans laquelle le spectateur est plongé se rapproche d’un état hallucinatoire et onirique où les surfaces planes et statiques se transforment par moments en motifs de camouflage, en paysage pastoral ou rappellent à la mémoire les traces laissées dans le ciel par les aurores boréales. Pierre Julien nous invite à travers cette proposition à nous engager visuellement et physiquement dans un espace fictif en mutation situé en dehors de la suractivité et de l’agitation humaines. Il offre une autre perception du réel, un endroit où l’œil peut se perdre et contempler une matérialité impalpable.

Texte : Anne Philippon